Le château de Moulins-Engilbert

Par Florian Bonhomme et Pierre Péré

Tous droits réservés.

1. Un éperon de confluence.

2. Un château d’organisation courante.

3. Des débuts obscurs.

4. Splendeur du château à l’époque bourguignonne.

5. Trois siècles de ruines.

6. Une « renaissance » en deux temps.


Un éperon de confluence.

 

Moulins-Engilbert est située à environ 15 km au sud de Château-Chinon, à la confluence de deux petites rivières, entre le vieux massif montagneux du Morvan et le bas-plateau du Bazois. Sa situation géographique lui a longtemps conféré une place appréciable parmi les forteresses du Nivernais grâce à son château qui domine le bourg, situé à mi-chemin sur la route Nevers-Autun. Il est installé sur une petite hauteur en éperon, au milieu d’un terroir agricole fertile, à deux kilomètres du prieuré de Commagny du XIIe siècle dépendant de l’abbaye Saint-Martin d’Autun.

 

Un château d’organisation courante.

 

Le château se divise en deux cours fermées sur un total d’environ 5000 m². Son plan présente, dans la basse cour, une courtine orientale rectiligne interrompue par une poterne et une tour. Au sud, la porte principale s’ouvre sur le village. Elle est composée de deux tours à éperon encadrant un unique passage défendu par deux herses, une grande porte en bois et des archères sur plusieurs niveaux. La courtine ouest forme un large arc de cercle déformé, ponctuée de quatre tours. Cette cour renfermait au moins une chapelle appuyée contre le rempart et un grand bâtiment rectangulaire comportant des écuries au rez-de-chaussée et une grande salle à l’étage. Au centre du château une terrasse donne accès à la haute cour qui présente un plan trapézoïdal irrégulier. La tour maîtresse se trouve dans l’angle sud-ouest de cette cour et possède elle aussi un plan légèrement trapézoïdal. Elle se dresse encore en partie sur près de quatorze mètres de hauteur sur le côté sud, face à l’église. Un second bâtiment est accolé à la tour du côté est, à proximité du puits. Un couloir d’accès vient enfin compléter la partie sud-est de la haute cour.

Le bourg fortifié dont il ne reste que le tracé et une tour, se développe au pied du château en forme de virgule inversée. Il conserve un grand nombre d’habitations remarquables qui présentent encore toutes leurs niveaux médiévaux, même si les façades ont été refaites au XIXe siècle,

 

Des débuts obscurs.

 

L’histoire du site n’est pas connue durant le Haut Moyen Age. La localité fait cependant partie dès l’an 700 environ, du pagus Nivernensis ou Nivernais, date à laquelle les sources le mentionne pour la première fois. Dans son ouvrage, Maurice Chaume estime qu’après le VIIe siècle, probablement vers l’an mil, le pagus Nivernensis fut ajouté de vastes territoires détachés du pagus Augustodunensis ou Autunois, c’est-à-dire les archiprêtrés de Decize et de Moulins-Engilbert. D’abord siège d’une seigneurie, le château est racheté, probablement dans la 2ème moitié du XIIIe siècle par le comte de Nevers à la famille de Moulins qui le possédait, mais qui semble tomber en désuétude à cette période. Une partie des terres de cette famille appartient toujours aux comtes puis ducs de Nevers jusqu’à la Révolution (plan-terrier de la châtellenie, 3ème quart du XVIIIe siècle).

Rapidement, vraisemblablement dès le XIIIe siècle, le château devient le siège de l’une des plus importantes châtellenies du Nivernais (équivalent d’un petit canton actuel). Le comte y établi un châtelain secondé de plusieurs officiers pour y régler les affaires courantes de la localité (justice, impôts, entretiens du château, etc.). Marquant l’importance du lieu, le comte Louis 1er Nevers s’y mariera avec Jeanne de Rethel en 1290.

A une époque indéterminée, le château est érigé en chef-lieu de bailliage pour l’est Nivernais (équivalent d’un arrondissement de département), statut qu’il perdra sans doute à la fin du XIVe ou au début du XVe siècle, mais la châtellenie restera en place jusqu’à la Révolution.

 

Splendeur du château à l’époque bourguignonne.

 

La majorité des textes qui nous sont parvenus concernant le château, sont des cahiers de comptes de la châtellenie, issus de la Chambre des Comptes de Bourgogne, conservés pour la période 1364-1404. Il s’agit essentiellement de redevances, de frais d’entretiens ou de frais de voyages. L’intérêt principal de ces cahiers réside dans la présence d’une série de travaux exécutés au château entre 1383 et 1386. On y trouve des renseignements sur une partie de l’organisation interne du donjon, des mentions de plusieurs chapelles à l’intérieur de l’enceinte, d’un hôpital hors les murs, d’eschiffes (sorte de grandes cabanes en bois placées sur le rempart et faisant office de tour), etc.

 

La période faste du château se trouve être en pleine guerre de Cent Ans. Sa position géographique sur l’une des principales routes, contrôlée par le duc de Bourgogne, entre la Loire et la Saône explique en partie son statut. Ainsi, après les premières défaites françaises et les ravages des soldats ennemis, le château voit les passages réguliers des comtes de Nevers et des ducs de Bourgogne entre le dernier quart du XIVe et le troisième quart du XVe siècle. En 1424, événement exceptionnel pour Moulins-Engilbert, Bonne d’Artois, comtesse de Nevers, épouse Philippe de Bourgogne, « le Grand Duc d’Occident ». En 1463-1464, le comte réunit au château une assemblée afin de rédiger la coutume du Nivernais. La ligue du Bien Public (mars à octobre 1465), amènera Moulins-Engilbert favorable au roi à être assiégé au début de l’été 1465 par Charles-le-Téméraire, sans résultats. A la fin de ce siècle le château perd de son intérêt quand les changements géopolitiques conduisent à un recentrage du pouvoir comtal sur Nevers, avec notamment la construction à l’emplacement du château médiéval du nouveau palais des comtes, le « palais », ducal à partir de 1538.

 

Trois siècles de ruines.

 

Les troubles dus aux guerres de religions au XVIe siècle mettent définitivement un terme à l’occupation du château qui voit des maisons s’installer dès les années 1570 contre ses remparts. Privé d’entretien et perdant rapidement ses couvertures, le château tombe en ruine. Les murs s’érodent, des pans entiers du rempart s’effondrent. Servant de jardin et de verger au XVIIIe siècle, le château et sa châtellenie sont alors affermés à différents particuliers. Des pierres du château sont vendues. A la même époque, les salles des tours résistent à la destruction grâce à l’épaisseur de leurs murs. On choisit d’en faire des prisons, alors que le geôlier est installé dans une maison adossée à l’entrée. Le château est vendu en 1792 par le duc de Nevers à des particuliers pour la somme de 750 livres.

 

Une « renaissance » en deux temps. (bientôt en ligne)

 


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